Festa del beato PGF 2010
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...::: Homélie du Pape :::...

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Voici l’intégralité de l’homélie que le Pape prononça à l’occasion de la béatification de Pier Giorgio Frassati, le 20 mai 1990.

1. « Je prierai le Père et lui vous donnera un autre consolateur... l’Esprit de vérité » (Jn 14, 16) Pendant le temps pascal, plus nous nous approchons de Pentecôte et plus ces paroles deviennent actuelles. Elles ont été prononcées par Jésus au Cénacle, un jour avant Sa Passion, alors qu’il était en train de prendre congé de ses apôtres. Son départ – le départ du Maître Aimé a travers Sa mort et Sa Résurection – ouvre la voie à un autre Consolateur. (Jn 16, 7). Le Paraclet viendra : il viendra précisément grâce au départ rédempteur du Christ, qui rend possible et inaugure la nouvelle présence miséricordieuse de Dieu parmi les hommes. L’Esprit de Vérité, que le monde ne voit pas et ne connaît pas, se fait, en revanche, connaître des Apôtres, parce qu’il demeura auprès d’eux et oeuvrât en eux (Jn 14, 17). Et ainsi, le jour de la Pentecôte, ils devinrent tous témoins.

2. La Pentecôte, toutefois, est seulement le début, puisque l’Esprit de Vérité vient pour rester avec l’Eglise « pour toujours » (Jn 14, 16), dans l’incessant renouvellement des générations futures. Et alors les paroles de l’Apôtre Pierre sont adressées non seulement aux hommes de son temps, mais à nous tous et à nos contemporains : « Adorez le Seigneur, le Christ, dans vos cœurs, toujours prêts à répondre à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3, 15). Dans notre siècle, Pier Giorgio Frassati, qu’au nom de l’Eglise j’ai la joie de proclamer aujourd’hui Bienheureux, a incarné dans sa propre vie ces paroles de Saint Pierre. La puissance de l’Esprit de Vérité, uni au Christ, a fait de lui un témoin moderne de l’espérance, qui jaillit de l’Evangile, et de la grâce du Salut qui agit dans le cœur de l’homme. Il est ainsi devenu le témoin vivant et le défenseur courageux de cette espérance au nom des jeunes chrétiens du XX ème siècle.

3. La foi et la charité, vraies forces motrices de son existence, l’ont rendu actif et opérant dans le milieu dans lequel il vivait, en famille et à l’école, à l’université et dans la société ; elles l’ont transformé en un joyeux et enthousiaste apôtre du Christ, en disciple passionné de son message et de sa charité. Le secret de son zèle apostolique et de sa sainteté, est à rechercher dans l’itinéraire ascétique et spirituel qu’il a suivi ; dans la prière, dans l’adoration persévérante, même la nuit, du Très Saint Sacrement, dans sa soif de la parole de Dieu, scrutée dans les textes bibliques ; dans la sereine acceptation des difficultés de la vie notamment familiales ; dans la chasteté vécue comme discipline joyeuse et librement choisie, sans compromis ; dans la prédilection quotidienne pour le silence et la « normalité » de l’existence. Ce sont précisément dans ces facteurs qu’il nous est donné de découvrir la source profonde de sa vitalité spirituelle. En effet, c’est dans l’Eucharistie que le Christ communique son Esprit, et à travers l’écoute de Sa parole que croît la disponibilité à l’accueil des autres, et c’est aussi à travers le pieux abandon à la volonté de Dieu que mûrissent les grandes décisions de la vie. C’est seulement en adorant Dieu dans son propre cœur que le baptisé peut répondre à qui « demande raison de l’espérance » qui est en lui(1 P 3, 15). Et le jeune Frassati le sait, l’expérimente, le vit. Dans son existence la foi se fond avec la charité : ferme dans la foi et pratiquant la charité, puisque sans la charité, la foi est morte (Jc 2, 20).

4. Certes, avec un regard superficiel, le style de Pier Giorgio Frassati, un jeune homme moderne, plein de vie, ne présente pas grand-chose d’extraordinaire. Mais précisément ceci est l’originalité de sa vertu qui nous invite à réfléchir et nous pousse à l’imitation. En lui, la foi et les événements quotidiens se fondent harmonieusement, si bien que l’adhésion à l’Evangile se traduit en attention amoureuse envers les pauvres et les nécessiteux, dans un continuel crescendo jusqu’aux derniers jours de la maladie qui l’a conduit jusqu’à la mort. Le goût du beau et de l’art, la passion pour le sport et pour la montagne, l’attention accordée aux problèmes de la société n’ont jamais empêché son rapport constant avec l’Absolu. Tout immergé dans le mystère de Dieu et tout dédié au service constant du prochain : ainsi peut être résumé son séjour sur terre ! Sa vocation de laïc chrétien se réalisait dans ses multiples engagements associatifs et politiques, dans une société en pleine effervescence, indifférente et parfois hostile à l’Eglise. Dans cet esprit Pier Giorgio sut donner une impulsion à différents mouvements catholiques, auxquels il adhéra avec enthousiasme, par-dessus tout à l’Action Catholique et à la FUCI (Fédération des Universités Catholiques Italiennes), au sein de laquelle il trouva un véritable terrain d’entraînement à la formation chrétienne et des champs propices pour son apostolat. Dans l’Action Catholique, il vécut sa vocation chrétienne avec allégresse et fierté et s’engagea à aimer Jésus et à découvrir en Lui les frères qu’il rencontrait sur son chemin ou qu’il cherchait dans les lieux de souffrance, de marginalité ou d’abandon pour leur faire sentir la chaleur de sa solidarité humaine et le réconfort surnaturel de la foi en Jésus Christ. Il mourut jeune, au terme d’une existence brève mais extraordinairement riche de fruits spirituels, s’en allant « vers la vraie patrie pour chanter les louanges de Dieu ».

5. La célébration d’aujourd’hui nous invite tous à accueillir le message que Pier Giorgio Frassati transmet aux hommes de notre temps, par-dessus tout à vous, jeunes, désireux d’offrir une contribution concrète de renouvellement spirituel de notre monde, qui parfois semble se déliter et languir par manque d’idéaux. Il proclame, par son exemple, qu’elle est « bienheureuse » la vie conduite dans l’Esprit du Christ, l’Esprit des béatitudes, et que seul celui qui devient « homme des Béatitudes » arrive à communiquer à ses frères l’amour et la paix. Il répète que cela vaut vraiment la peine de tout sacrifier pour servir le Seigneur. Il témoigne que la sainteté est possible pour tous et que seule la révolution de la charité peut allumer dans le cœur des hommes l’espérance d’un futur meilleur.

6. Oui, « merveilleuses sont les oeuvres du Seigneur... acclamez Dieu, toute la terre » (Ps 66, 1-3). Les versets du psaume résonnent dans la liturgie de ce dimanche, sont comme un écho vivant de l’âme du jeune Frassati. Nous savons tous, en effet, combien il aimait le monde créé par Dieu ! « Venez et voyez les oeuvres du Seigneur » (Ps65/66, 5) : ceci aussi est une invitation adressée par sa jeune âme, particulièrement aux jeunes. « Admirables ses oeuvres pour les hommes !» (Ps 65/66, 5). Merveilleuses sont ses oeuvres pour les hommes ! Il faut que les yeux humains, - les yeux des jeunes, les yeux sensibles- sachent admirer les oeuvres de Dieu, dans le monde extérieur et visible. Il faut que les yeux de l’âme sachent passer de ce monde extérieur et visible au monde intérieur et invisible : et qu’ils puissent ainsi dévoiler à l’homme ces régions de l’esprit dans lesquelles se reflète la lumière du Verbe qui illumine tout homme (Jn 1, 9). C’est dans cette lumière qu’agit l’Esprit de Vérité.

7. Voici l’homme « intérieur » ! C’est ainsi que nous apparaît Pier Giorgio Frassati. En effet, toute sa vie semble résumer les paroles du Christ que nous trouvons dans l’Evangile de Jean : « Si quelqu’un m’aime, il garde ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14, 23). Il est l’homme « intérieur » aimé du Père, car il a beaucoup aimé ! Il est aussi l’homme de notre siècle, l’homme moderne, l’homme qui a tant aimé ! L’amour n’est-il pas ce dont notre XX ème siècle a le plus besoin tant au début qu’à la fin ? N’est-il pas vrai que seul cela demeure, sans jamais perdre sa valeur : le fait qu’ « il a aimé ». Il s’en est allé jeune de ce monde mais, il a laissé un signe pour le siècle tout entier, et non pas seulement pour notre siècle. Il s’en est allé de ce monde mais, dans la puissance pascale de son Baptême, il peut redire à tous, en particulier aux jeunes générations d’aujourd’hui et de demain : « Vous me verrez parce que je vis – et vous aussi vous vivrez ! » (Jn 14, 19). Ces paroles ont été prononcées par Jésus Christ alors qu’il faisait ses adieux aux Apôtres, avant d’affronter Sa Passion. Je suis heureux de les recueillir de la bouche même du tout nouveau Bienheureux comme une invitation persuasive à vivre du Christ, dans le Christ. C’est une invitation qui est toujours valable aujourd’hui, surtout pour les jeunes, valable pour chacun de nous, invitation que nous a laissée Pier Giorgio Frassati. Amen.